Le regard sur Catherine Lara

Regard sur Catherine elle-même | Le regard des autres sur Catherine |Catherine Lara par Françoise Hardy | Laurence Broccolini "Je n'ai rien contre vous personellement" | Portait d'une espionne par Elizabeth Anaïs | Portait d'Antoine de Caunes

Dans ce chapitre, je voudrais aborder, comme le titre l’indique, le regard sur Catherine, vu par elle même, mais aussi l’image de Catherine découverte dans la presse française, belge et canadienne. J’ai, pour cela, épluché la presse depuis 1971 à nos jours.

Regard sur elle même

Catherine Lara 1985« Se définir à travers les mots,
Je suis un morceau de contradictions, un caméléon.
Je suis très vulnérable et j’aime ça…. Pouvoir se laisser bouffer par quelque chose ou quelqu’un ! » Catherine Lara 1985

« Il y a eu des moments difficiles, des expériences douloureuses en tout genre. L’autodestruction n’est pas mon truc. J’avance sans nostalgie, chez moi il n’y a pas de disque d’or sur une étagère, pas une photo aux murs. J’essaie de m’enrichir en lisant des essais philosophiques ; Cioran, André Comte-Spontville, Diderot… j’en ai besoin, comme nourriture ». Catherine Lara (Match Août 2005, Gaillac Morgue).

Catherine LaraCatherine Lara 1983« Patiente et impatiente à la fois, quand je veux vraiment quelque chose, je peux l’attendre une éternité. Mais les choses futiles, je les veux tout de suite ».
(Match octobre 1986, Béatrice Fontanel)

« En fait, je suis une fille profondément instinctive. Je ne calcule pas du tout. Lorsque je compose, il ne faut pas s’imaginer que je suis en train de me dire : « Tiens, je vais faire un accord sol 7e et puis derrière un petit bémol pour faire joli, pas du tout ». Je ne veux pas analyser ce que j’écris – c’est drôle, mais j’ai mis dix ans à désapprendre – c’est tout à fait vrai!
« Bon, mais enfin, c’est pas dramatique non plus de connaître la musique, c’est bien aussi, ça donne de bonnes bases solides. Aujourd’hui je suis contente de pouvoir prendre mon violon et de me sentir complètement à l’aise avec lui; c’est une sensation très agréable qui me permet d’aller au-delà de moi parce que précisément je n’ai plus de problème technique avec mon instrument ».
Catherine Lara (Chanson Magazine 1985, François Bensignor)

« Moi, je suis barock’n roll. Je veux bien croire au Bon Dieu, mais pas aux idées toutes faites.
Je suis contre l’alcool, la cigarette, mais pour le plaisir, le sexe et l’amour. »
Catherine Lara (Match octobre 1986, Béatrice Fontanel)

Catherine Lara « Quand je rentre sur scène j’ai l’impression d’être quelqu’un d’autre, je ne sais pas qui, ni quoi, mais
il y a quelque chose qui me porte. . Dix minutes avant, je suis morte de peur et dès que j’entre tout s’efface, je suis heureuse c’est magique. Je fais 200 mètres de haut et plus rien ne me fait peur. On me prendrait en photo pendant l’orgasme, j’aurais la même tête. C’est la même chose, c’est un orgasme, un plaisir, c’est intense comme le plaisir de l’amour quand je crie, je hurle, je ris ou je pleur. »
«  Quand tu sors de scène, tu as donné tout ce que tu avais, ta sève, ton corps, tu es clouée comme un papillon… je ne vis que pour l’amour, que par amour. La musique et l’amour, c’est pareil. Tout est amour ».
Catherine Lara (Chanson magazine 1985, François Bensignor)

« Si j’étais un animal, je serais un caméléon » Je me baladerais sur toutes les gammes de couleurs. Je passerais de la colère noire à la peur bleue, et les gens verraient rouge à moins qu’ils ne rient jaune… Je suis un monument de contradiction. C’est d’ailleurs pour cette raison que je suis musicienne : cela me permet d’accrocher sur la portée des noires et des blanches et tout le monde n’y voit que du bleu! » Catherine Lara (L’aventurière de l’archet perdu)


« Il se passe tellement de choses fortes avec le public que, le concert fini, je suis un peu « Down » comme après l’amour. Je suis là-haut, un peu zombie, vidée. Je n’ai faim, ni soif. Envie de rien. Ca peut prendre deux, trois heures » Catherine Lara (Paroles et musique 1985, Marc Legras)« Je chante et je siffle tout le temps. La musique fait totalement partie de ma vie. Quand je marche, c’est une musique. Quand j’entends parler. Une sonnerie. Un bruit d’ascenseur… la vie est une musique. En venant à Bruxelles, au péage de l’autoroute ; on s’est arrêté pendant trente secondes pour écouter les oiseaux. Je dis toujours que la chanson n’est ni un art majeur, ni un art mineur. Elle fait simplement partie de la vie. Même celui qui chante faux chante quand même. Parce que c’est vital ». Catherine Lara (Eddy Przybylski pour un journal belge 1996)

 

Catherine Lara« J’ai déjà écrit des textes moi-même : « Toi ma mère » ou « Les orties » par exemple. J’ai écrit ces chansons en un temps record de dix minutes, mais je les ai gardées au fond de moi pendant plus de 10 ans… Ce qui me gène le plus pour faire des textes c’est mon esprit de synthèse. En deux phrases, j’ai l’impression d’avoir tout dit, et encore je me demande s’il n’y en a pas une de trop ! » Catherine Lara (L’aventurière de l’archet perdu 1987)

« J’ai chanté une fois à Berlin et j’ai adoré ça. Là-bas, je pars comme une inconnue et je redémarre à zéro. Malheureusement, le Français s’exporte peu et c’est dommage. D’une manière générale, je trouve qu’il est très beau d'écouter les chanteurs s’exprimer dans leurs mots et leurs langues. Tant pis si on ne comprend pas très bien. Moi-même il m’est arrivé de chanter aux États-Unis et les jeunes Américains m’incitaient à chanter en Français. Le barrage a été édifié pour des raisons douteuses et commerciales ».
Catherine Lara Journal Belge Eddy Przybylski

Une valeur pour Catherine Lara:
 La dérision, parce qu’elle évite de se prendre au sérieux ; « Le succès me gonfle le cœur. Il ne gonfle pas ma tête. Il me rapproche des gens et me remet encore en question » Catherine Lara 1985

Catherine cool…
La méditation transcendantale… « Je m’assois sur un petit banc zen qu’on m’a offert, je me recueille, je ralentis ma respiration jusqu’à ne plus penser qu’à mon souffle ». (Match février 1985, Tony Frank)

« J’ai tous les jeux, toutes les consoles du monde. Je passe mon temps à aller délivrer toutes les princesses de tous les Donjon Master de l’univers… » Catherine Lara (Excellence magazine 1992, Laurent Boyer)


« Je n’aime pas travailler avec les femmes. J’aime travailler avec les hommes. Ma façon à moi de faire l’amour avec les hommes c’est de créer avec eux. J’aime beaucoup le rapport de force qui s’instaure, car il y en a forcément un… Avec Élisabeth Anaïs, pourtant ça c’est merveilleusement passé. C’est une fille brillante, qui a beaucoup de répartie et un humour extraordinaire. Mais j’aime beaucoup le regard de l’homme sur la femme. C’est très important pour moi, compte tenu de ma vie… que personne n’ignore aujourd’hui. C’est une autre façon d’aimer. J’ai des rapports très amoureux avec les gens avec lesquels je travaille ». Catherine Lara (Chorus)

« Faire un album, c’est ma manière à moi d’être maman »
Catherine Lara (1996)

Catherine Lara 1985Virginie, la petite fille d’un de ses frères, que l’on retrouve un matin morte à l’âge de 13 ans, d’un arrêt cardiaque. Catherine n’en parle pas, elle lui dédie un disque et une chanson « Le souffleur de rêve ».

« Ca vient de loin. Je n’ai pas mis d’enfant au monde… mais j’ai failli . Je ne l’ai pas gardé, car c’était un mauvais moment. Mais ça me manque. Si je devais adopter un enfant, d’abord je penserai à son équilibre, qui est essentiel. Ce n’est pas un plaisir seulement égoïste » (Chorus, Daniel Pantchenko).

Pourtant, au court d’un « Paris Dakar » Catherine tombe sous le charme d’une enfant nigérienne :
« Cette enfant s’est pris d’amour pour moi, je ne sais pas pourquoi. Elle ne me quittait plus, elle était dans mes bras toute la journée. Très touchante. Ca a été un coup de foudre, ça existe entre enfant et adulte. Je l’ai aimée très fort et elle aussi. Sa mère voulait me la vendre, c’est terrible ! Mais je ne veux pas juger… adopter un enfant, c’est très difficile, et ça ne s’est pas fait. Je n’avais qu’une envie : retourner la voir … C’était très fort : l’âme de mère tout d’un coup qui sort comme ça, je suis une femme profondément ». Catherine Lara (Chorus, Daniel Pantchenko)
C’est Maxime Leforestier qui en a parlé le mieux en écrivant pour Catherine une très belle chanson « Trop Petite » (sur l’album « Maldonne) qui décrit bien le grand bonheur d’avoir éprouvé cet amour et toute la souffrance...

 

L’age pour Catherine :

« L’âge, à notre époque, cela n’existe plus. Aller voir Tina Turner sur scène suffit à vous en convaincre. Tant qu’on a de l’énergie et de l’amour à exprimer, le reste, on s’en fout. »

« Je vis dans un monde de fou, de délire. Et tant que je peux rêver, j’en profite. J’ai la notion de
l’éphémère. Je ne vis pas au jour le jour mais heure par heure. Et je n’ai pas envie de savoir de quoi demain sera fait. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus proche de l’ enfance que lorsque j’avais 10 ans ».
Catherine Lara (Télé Loisir sept 1986. Propos recueillis par Michel Dokan).

Le 29 mai dernier, Catherine fêtait ses 60 ans… Loin de Paris, histoire de ne pas finir en photo dans Voici un peu pompette à 3h du matin. « Vous voyez le genre? » dit-elle.
Le moins qu’on puisse écrire, c’est que cela ne semble pas traumatiser la chanteuse qui, le sourire en coin confie : « Sexagénaire, moi je dis, ça génère du sexe. Pour faire un jeu de mot pourri. J’envisage un avenir florissant et joyeux, tout va bien, j’ai la pêche et tant que j’aurai des émotions à vendre… »
Catherine Lara dans La dernière heure mai 2005 (magazine Belge) propos recueillis par Isabelle Monnart.

« J’adore les rides, elles m’attendrissent. Elles représentent tout ce qui est à l’intérieur des gens. Si brusquement on se met à ressembler à une pomme fripée, on peut toujours arranger le coup, ce n’est pas grave. »
« J’adore les enfants et avec eux j’ai vraiment des rapports de môme. Je les traite comme il se traitent entre eux. J’aime les jouets, je me sens juste à côté de l’enfance ». Télé Star février 1985

Cheveux blancs et valises…

« A 20 ans, j’étais une vieille fille avec un chignon serré. Aujourd’hui je me sens libre »
(Match 1986, Béatrice Fontanel)
 »Pourquoi faudrait-il les cacher, et puis ils me vont bien, non ? J’en avais déjà à 35 ans. Quand j’ai eu des valises sous les yeux, je les ai posées chez un chirurgien plasticien. Sans regrets. Je n’ai jamais eu un physique canon, je ne me tracasse pas pour mon image ». Catherine Lara journal Belge 1997

Catherine Lara

Quelles sont les plus belles victoires féminines du XXe siècle ?
Sagan, Mère Teresa, Aretha Franklin, mais aussi Jessie Norman, La Callas, et combien d’autres femmes sublimes ! Il y a un tee-shirt qui porte cette inscription !
Et vous, quelle femme êtes-vous ?
Moi, je suis un oiseau de nuit. Je me lève entre chien et loup. Je suis née à une heure du matin, et depuis, tous les soirs ça recommence.
Comment définiriez-vous vos vrais amis ?
Ceux que je pourrais emporter sur une île déserte.
Vous arrive-t-il souvent de penser à la mort ?
Non. Je refuse. La mort des autres m’anéantit : la maladie, la guerre, ces enfants qui meurent de faim, ces animaux martyrisés. Horrible ! La mienne, je passe mon temps à la nier. Elle viendra à son heure. Pour le moment, je suis bien trop heureuse de vivre. Ma vie, c’est une grande histoire d’humour !
Mimi Acquaviva (Femme Actuelle septembre 1991)

Le regard des autres sur Catherine Lara

Livre Paroles des Stars

Catherine Lara a plusieurs cordes à son violon. Normal pour une concertiste qui a délibérément quitté les rangs, souvent poussiéreux, des fauteuils d'orchestre symphonique pour ouvrir son coeur aux multiples courants musicaux. Rencontre lors d'une "Nuit magique" avec cette étoile filante qui a toujours brillé avec générosité et sensibilit... lire la suite...

Catherine Lara par Françoise Hardy

Une interview sans fausse note

Françoise Hardy : Si une bonne fée, te proposait de réaliser l'un de tes voeux les plus chers, lequel choisirais-tu?
Catherine Lara : La réponse à la question suivante.

Françoise Hardy : Bien que tu sois très entière et exclusive, aurais-tu aimé vivre comme un sultan, c'est-à-dire avoir un harem de créatures toutes plus séduisantes les unes que les autres à ta disposition?
Catehrine Lara : L'idée du harem me séduit totalement mais seulement pour quelques temps.

Françoise Hardy : Y a-t-il un point commun entre les êtres qui te séduisent?
Catherine Lara : l'humour et le charme.

Françoise Hardy : Parmi les personnalités connues du public, quelle est la femme qui exerce le plus de fascination sur toi?
Catherine Lara : Toi.

Françoise Hardy : Entre une nuit avec Nastassja Kinski et une nuit avec David Bowie, que choisirais-tu?
Catherine Lara : Les deux

Françoise Hardy :Quelle est la première chose que tu fais en te réveillant?
Catherine Lara : Me rendormir.

Françoise Hardy : Qu'est-ce qu'une soirée idéale pour toi?
Catherine Lara : Une soirée imprévue, une dernière seconde.

Françoise Hardy : Y a-t-il un cauchemar que tu fais régulièrement?
Catherine Lara : Cauchemar non. Mais obsession oui. La mer! L'eau! Allô, docteur!

Françoise Hardy : J'ai l'impression que tu vis surtout au présent ou au futur, mais y a-t-il une période de ta vie passée que tu regrette particulièrement ou que tu voudrais revivre?
Catherine Lara : En aucun cas. Tant d'années pour accepter mon présent ne me feront jamais revenir en arrière.

Françoise Hardy : Si, subitement, tu gagnais une sommes absolument faramineuse et exonérée d'impôts, qu'en feras-tu?
Catherine Lara : Je l'ai déjà dépensée.

Françoise Hardy : Si tu disposais du pouvoir politique le plus élevé, quelles sont les trois mesures que tu prendrais en priorité?
Catherine Lara :
1) La liberté totale d'expression et de sexualité.
2) Je stopperais toutes les publicités qui poussent aux vices et à la société de consommation.
3) Je donnerais le pouvoir aux enfants.

Françoise Hardy : Tu t'aperçois que la personne qui tu aimes le plus n'aime pas que toi : tu le tues, tu la quittes, tu supportes la situation et tu en profites pour en faire autant?
Catherine Lara : Je pense être capable de supporter la situation quelque temps pour récupérer ma "chose".

Françoise Hardy : Tu sais que tu vas mourir dans trois jours : à quoi vas-tu les employer?
Catherine Lara : A faire l'amour.

Françoise Hardy : Rêves-tu parfois (comme moi) d'un vrai Bon Dieu qui excuse absolument toutes les erreurs et les horreurs que tu as pu commettre?
Catherine Lara : Ce n'est plus un rêve. Je l'ai trouvé.

Quand « Thé ou café » s’invite chez les invités :

Catherine Lara et Catherine CeylacAller chez les personnalités, c’est inverser les rôles ! Ce n’est plus nous qui sommes reçus, mais elles qui reçoivent. C’est loin d’être désagréable.
Catherine Ceyllac.Extrait du livre "Secret de plateau" . Le cherche Midi. 10 ans de "Thé ou Café" Janvier 2006

Livre Secrets de plateauCatherine Lara nous ouvre très grandes les portes de sa maison blanche à l’Ouest de Paris, qu’elle vient d’aménager. Elle a eu un coup de cœur pour cet écrin de verdure niché au pied du château de Louveciennes, et a accepté sans se faire prier de recevoir « Thé ou Café » pour la première émission de la saison 2005. Nous sommes en juin et il pleut, ce qui n’est pas dans nos prévisions, d’autant que nous avons choisi de tourner dans le jardin, sous un parasol, qui fait finalement office de parapluie !
Je suis très sensible aux lieux, aux bonnes comme aux mauvaises ondes qui en émanent, et là je me suis tout de suite sentie chez moi. Une chambre au rez-de-chaussée a été gentiment mise à ma disposition et je l’aurais bien confisqué pour plusieurs jours… une ambiance de vacances y règne.
Avec Catherine Lara, tout est direct. Pas de fioritures, pas de caprices de star, la vie est légère. Un joli piano blanc orne la pièce principale, mais il n’est pas là pour la décoration, il servira à la fin de l’émission. J’ai ri de bon cœur avec elle. Nous sommes sur la même longueur d’onde et cela se sent tout au long de l’émission. Elle se laisse aller à des confidences personnelles, notamment sur son regret de ne pas avoir d’enfant, qu’elle ne veut pas à n’importe quel prix. Elle affirme son désaccord avec ceux et celles qui réclament l’adoption d’enfants par les couples homosexuels. Une opinion en rupture avec le discours ambiant et qu’elle explique ainsi : « Un enfant a besoin d’un père et d’une mère. Quel que soit l’amour qu’il reçoit, il ne peut s’en passer ! »
Nous terminerons à table dans la cuisine, hors caméra, à grignoter un saucisson corse et des abricots juteux comme j’en ai rarement mangé, achetés la veille par elle au marché de Versailles. Elle n’est pas belle, la vie !

 

Par Jean-Félix Lalanne en 2003

Catherine LaraCatherine fait partie des artistes que j’adore. Sa musique, sa finesse et son enthousiasme seront toujours présents malgré le nombre incroyable d’album, de projets hors normes et d’expériences musicales en tout genre qu’elle a pu réaliser. Chez elle, l’expression « jouer de la musique » prend tout son sens ! C’est une joueuse espiègle, drôle et incroyablement créative, et puis son violon adore « flirter avec ma guitare! »

Par Bernard Mahy en 1977

« Ses cheveux noirs tachés de gris tombent aérés sur ses frêles épaules. Je la trouve jolie, un peu petite, mais bien proportionnée ; elle fait partie de ces femmes qui peuplent les rêves lorsqu’on imagine une maîtresse. Ses yeux on la forme de ceux des loups quand ils sont câlins et qu’ils vous regardent passer… Il ne serait pas étonnant qu’un jour elle fasse du cinéma »
1977 biographie de Bernard Mahy

 

Par Michel Drucker en 1983

Dans le petit monde du show-business – où un simple filet de voix suffit parfois pour enregistrer un disque (mais jamais, heureusement, pour faire une carrière)-, Catherine a donc débarqué un jour, visiteuse d’une autre planète. Et aujourd’hui dix ans (article de 1983) plus tard, elle y a effectivement conquis une place tout à fait à part : celle d’une artiste vivant loin de l’habituelle agitation d’un métier auquel elle n’a jamais fait la moindre concession.
Catherine Lara, une musique venue d’ailleurs. Bien sûr, vingt ans de violon, à raison de six ou sept heures par jours, laissent toujours au moins quelques traces : encore fallait-il réussir à conserver intacte à la fois cette fraîcheur et cette originalité des débuts. Or, c’est un fait : dix ans après Morituri, Ad Libitum ou La craie dans l’encrier, ses nouvelles compositions –telles coup d’feel, Les grandes ondes ou Géronimo – continuent de « sonner » différemment de celles des autres chanteurs et chanteuses.
Droguée de la scène, star au Québec où elle a, plus d’une fois donné des concerts devant plusieurs dizaines de milliers de personnes (« j’ai de bonnes ondes avec eux », dit-elle), Catherine Lara s’est lancée dans l’univers de la chanson sans pour autant abandonner le violon, et on la sent secrètement ravie – de jouir encore de l’estime de ses anciens pairs, les musiciens classiques. Mais lorsqu’on saura qu’elle est aussi un compositeur (compositrice ?) de musique de film souvent sollicité, avec, à son actif des long métrages Docteur Françoise Gaillant, On s’est trompé d’histoire d’amour ou dernièrement, Les hommes préfèrent des grosses…
Humainement parlant, un personnage hors série : avec ce regard de lionne et cette crinière qui est la sienne, on éprouve devant ce petit bout de femme une impression d’intensité que j’ai rarement observé, je dois le dire, chez une artiste (Barbara est un peu comme ça).
Catherine a poussé le professionnalisme jusqu'à des hauteurs inconnues chez nous : ainsi, en vraie « comédienne, et pour pouvoir mieux s’exprimer de tout son corps sur scène, a-t-elle suivi des cours d’André Grégory, le professeur new-yorkais avec qui Dustin Hoffman a longtemps travaillé… « Quatre heures d’improvisation par jour : une thérapie. Je donnais tout. Je finissais par déchirer mes vêtement. »
Fidèle en amitié –tout le monde connaît celle qui la lie à William Sheller -, Catherine, que j’ai toujours plaisir à retrouver sur un plateau de télévision, reste ce qu’il est convenu d’appeler une « fonceuse », une gagnante. Elle n’a d’ailleurs sûrement pas fini de nous étonner. »
Michel Drucker (Intimité magazine 1983)

Par Daniel Boubil en 1996

Catherine Lara, Michel Sardou et Michel Drucker

C'est de l'émotion pure, qui peut se traduire sous diverses formes. Ca peut-être du violon ou écrire une chanson, mais ça peut aller jusqu'à ce qu'elle joue la comédie : l'important n'est pas le moyen. Tout ce qu'elle fait avec émotion, en général, vous communique de l'émotion. Ca a l'air paradoxal, car on a souvent dit qu'elle était froide et distante... C'est faux ; ce qu'elle fait n'est qu'émotionnel, et le sens vient toujours après... Catherine n'est pas du tout une intellectuelle, mais d'abord une instinctive émotionnelle. (Chorus 1996)

Par Jean-Louis Foulquier en 1983

« Ma première rencontre avec Catherine Lara remontre à 1973. C’était sa première émission de radio… Nous nous sommes réfugiés dans le studio en conservant qu’une petite lampe allumée et ce fut magique ; nous nous tenions la main et les mots venaient tout seuls. Nous ne nous sommes plus quittés, Catherine à toujours répondu à mes appels et ce fut réciproque. 10 ans après, j’assiste à son triomphe à l’Olympia, la salle est debout et je reçois la joie de Lala en plein cœur. Enfin, elle qui aimerait qu’on la compare un jour, en tant que personnage à quelqu’un comme Edith Piaf. »
(Chanson magazine 1985

Par Pierre Grosz en 1996

Pour moi, le grand plaisir d'écrire pour Catherine Lara était dans le côté spontané du travail. On se préparait chacun dans son coin, comme pour une course, et après on menait la course ensemble. La deuxième chose, c'était l'extrême qualité mélodieuse des séances de travail : quand on écrit des mots et qu'on les entend instantanément avec cette voix extraordinaire, c'est beau. Car elle chante bien.... toujours. J'ai eu des émotions presque plus fortes en écoutant les chansons naître, guitare-voix, qu'une fois orchestrées. (Chorus 1996)

Catherine Lara

Par Élisabeth Anaïs en 1996

Ange de la paix en Birmanie, reine des bandits à New Delhi, artiste-peintre mexicaine, aventurière, contrebandière ou Dom Juane, comment l'imaginer autrement faite, pour la couture et les dîner rangés par exemple ? Conquérante conquise - telle éprise qui croyait prendre -, elle aime, elle mène, elle entraîne. Flamme latine - dans laquelle danse encore une grand-mère espagnole -, femme de tête, femme de cœur, palpitante, épatante, fidèle et inconstante, musicale, inspirante, soupirante, agaçante et attachante, le tourbillon et la tourmente. (Chorus 1996)

Par Jean-Jacques Thibaud en 1996

Catherine Lara

Son instrument de prédilection, ce n'est pas le violon, c'est la vie. Catherine joue de la vie comme si c'était le plus fabuleux des instruments à cordes... Des cordes qu'elle appelle amour, passion, plaisir, humour. Avec elle, pas question de lui inspirer une partition ; pour elle, vivre c'est improviser. Elle est profonde et légère, elle échappe à la pesanteur, elle bouleverse le destin de tous ceux qu'elle aime. Elle a des ascendants sur les étoiles. (Chorus 1996)

Laurence Boccolini, "Je n'ai rien contre vous personellement"...

Un extrait du livre de Laurence Boccolini
« Je n’ai rien contre vous personnellement… »

Catherine Lara
« Le meilleur moment de l’année,
c’est une émission avec Catherine Lara,
en plus, quand on ne l’assassine pas, elle en redemande… Le bonheur, qui… »

Livre Je n'ai rien contre vous personnellementBonjour, Catherine Lara. Écoutez, il y a quelques temps, j’aurais été ravie de vous recevoir parce que nous avions un point commun : le romantisme quasi absolu, mais aujourd’hui, j’en ai fait la douloureuse expérience et je vous le dis : « Romantique romantique », c’est facile à dire mais c’est pas facile à vivre à notre époque. ça marche dans les livres et dans les chansons, mais dans la vie c’est pas la même limonade. On voit que c’est pas vous qu’allez bosser tous les jours en crinoline ! Et croyez-moi, sur un Solex, une crinoline, déjà avec le casque et les moufles fourrées ça perd beaucoup de son charme, mais en plus, c’est difficile à rentrer dans une combinaison de moto sans tout de suite ressembler à Casimir parce que les pinces à vélo ça existe, mais les pinces à crinoline pas encore. D’ailleurs George Sand sur un Solex, je suis pas sûre qu’elle aurait eu autant de succès.
Enfin on est romantique ou on ne l’est pas. Ce n’est pas qu’une question vestimentaire, c’est aussi une philosophie, une façon d’être et qui n’est pas comprise partout et par tous. Je vois, l’autre jour, je me rends à la Sécu, pour un problème bassement terre à terre. J’y vais en Solex. Je fais fi des regards de charolais que me lance le petit personnel et j’aborde de la sorte une pauvre hère assise à un guichet. Je lui dis le plus naturellement du monde :
« Pardon à vous, femme de la Sécu ,
Mais après une erreur de votre part
Plus de deux briques me seraient dues
D’où vient donc ce fâcheux retard ? »
Fis-je. Vous me direz : « Que de poésie dans cette simple question ! » Eh bien, croyez-le ou non, mais l’accueil ne fut point bon :
« Gisèle, y a la folle avec la robe à baldaquin qui est encore là. Qu’est-ce que je fais ? J’appelle monsieur Chamont ou la sécurité ? Si ça se trouve, elle a fumé du joint par ce que je comprends rien de ce qu’elle m’a dit. »
Et voilà, nous romantiques, nous souffrons de cette évidente exclusion et de plus, croyez-moi, mais c’est difficile de mener une vie amoureuse dans ces conditions. Je vois, avec Roger, ce n’est pas facile tous les jours au niveau du dialogue. Un exemple, il y a peu de temps : « A l’heure où le soir s’estompe en une sombre et profonde promesse de l’aube »… ça veut dire juste après le journal de PPDA – je traduis pour les néophytes. J’aborde ainsi l’homme qui fait vibrer mon âme de braise d’un feu de joie, qui enflamme mes sens et encense tout mon être d’une suave douleur qui se nomme désir. En gros, au lit, c’est un vachement bon coup ! Donc, je lui dis, toujours naturelle, comme ça :
« Roger, est-il trop tard, est-il trop tôt ?
Je me morfonds et tout m’angoisse
Ce soir allons à la Pizza Pino
Plutôt mourir que d’voir « La classe »
Et Roger de me répondre, dans un souffle rauque et dru (avec moi, les hommes on le souffle dru) :
« Monique, j’ai rien pané à c’charabia
Ou ton cerveau pète une durite
Ou en cachette, ça doit être ça,
Tu dois siffler le white spirit
Alors tu me lâches et tu t’asseois ! »
Vous voyez, madame Lara, d’entendre cela, c’est un coup de poignard. Oui, nous les romantiques, nous sommes des incompris et la solitude est un lourd fardeau. Pourtant, j’y met du mien pour essayer de m’intégrer. J’ai même organisé des réunions littéraires autour d’un auteur, dans mon salon. Mais, c’est sûr, Alfred de Musset, chez George Sand, ça a tout de suite plus de gueule que de recevoir François Lecacheux, auteur de « cinquante trucs pour détacher tout dans la maison » dans ma salle à manger But. Et en plus, les invités ont gueulé en disant que c’est difficile de danser la lambada sur du Chopin. Ils ne font pas d’effort.
Donc, vous étiez ma chanteuse préférée. Maintenant, j’écoute que du Francis Lalanne, le romantique de chez Tati. C’est sûr que pour les nerfs, c’est beaucoup plus dur, mais en tout cas, j’aurais l’air moins con en Solex.

Extrait du livre de Laurence Boccolini
« Je n’ai rien contre vous personnellement »
chez Alain Michel 1995

Portrait exprès d’une « espionne » et violoniste

chantante, par sa parolière.
Elizabeth Anaïs

23 heures 45 : frontière franco-suisse ; un poste frontière brille dans une nuit terriblement suisse. Une DS noire, intérieur cuir blanc, vient s’immobiliser devant un douanier absolument suisse, lui aussi, chocolat et gruyère au fond des joues… Doigt sur le képi ; au volant, « un regard brille sur un cité noir »…
papiers, s’il vous plaît !
Deux yeux dorés. Nom : LARA. Prénom : Catherine. Signes particuliers : trouve l’inspiration en mangeant des ananas en pirogue, avec des anneaux d’or dans les narines ; collectionnes les kangourous des mers du Sud par goût et les poignées de sacs en croco par obligation… Situation familiale : Dom Juane. Recherchée de Hong Kong à Plougastel en tant que « rockeuse de diamants » et « espionne ». Arme préférée : le violon. Le douanier, qui n’a au fond des yeux que ses vertes prairies, prend un air sombre mais toujours propre ; il fait le tour de la DS noire, ramasse un mégot et un Kleenex et commence à examiner la voiture. Il démonte une aile ; des diamants roulent jusqu’au bout de ses chaussures ; l’air sévère, il persévère en éventrant le cuir d’une portière. Là, des microfilms. Plus de doute, c’est bien la fameuse Catherine Lara !
Qu’est-ce que veut dire tout ça, je vous prie ?
Charme de la coupable… Car, en plus, elle est belle, cette femme-là !
Mais tout ça, c’est du toc, c’est pour rire ; j’adore me déguiser !
Et votre rock dans tout ça ? C’est aussi du déguisement ; c’est du toc ?
Éclair dans la pupille droite de notre « espionne » (elle a déjà dû entendre cela quelque part…) – roulement de tambour dans le fond. Elle commence à parler énergie-rock, flamenrock, passion ; elle parle des Scorpions, ce fameux groupe hard-rock qui fait un tube avec le slow le plus sirop de l’année… Plus de sectarisme, le rock c’est d’abord un état d’esprit. On n’a plus besoin de griffer ses cuirs aux chaînes des Mobylettes et de porter une banane pour en avoir l’âme. C’est aujourd’hui-même qui est rock, que l’on écoute Mozart ou Bronski Beat…
Le douanier la regarde, éberlué, un peu dépassé :
J’en demandais pas autant, c’est pas la peine de vous énerver, ma petite
dame ! (c’est vrai qu’elle est petite ; à la télé, elle faisait plus grande !…)
Mais la dame Lara reprend : elle vient de faire un album (« Flamenrock ») avec des gens qu’elle aime ; elle répète et va faire le Zénith du 6 au 11 février 85 avec et pour des gens qu’elle aime (danseurs, décorateur de Godard, surprises…). Elle a poussé les murs avec toute cette énergie-là…
Le douanier soulève son képi, se gratte le sommet du crâne comme pour s’aider à mieux comprendre. Il ne sait plus quoi penser… Chanteuse, espionne, rockeuse de diamants, Dom Juane ? Tout simplement rockeuse. Alors, comme tout cela lui paraît trop compliqué, il préfère égarer sa pensée vers sa gratinée du matin, les neiges du Cervin et les bonnes vaches qui dorment au fond de l’hiver rigoureux… Tout ça lui paraît tellement plus tranquille.
Au fait, vous avez quelque chose à déclarer ?
24 heures : un douanier suisse entre se faire chauffer un café dans la lumière blanche du poste frontière… Déjà, deux feux rouges sur une DS noire fonçant vers le Zénith !

Élisabeth Anaïs 1985

Portrait d'Antoine de Caunes

Vous permettez que je vous appelle Raymond? Antoine de Caunes et Albert AlgoudDepuis son plus jeune âge, Catherine Lara collectionne les lunettes et les chaussures. Pourquoi les lunettes, me direz-vous ?
Pour chercher ses chaussures, qu’elle ne voit pas sans lunettes. D’où l’idée d’avoir plein de chaussures.
Mais comme avec ses chaussures, elle écrase les lunettes, en les cherchant, elle est obligée d’en changer constamment… (de lunettes, pas de chaussures) puisque, malgré sa collection de lunettes, elle ne les voit pas ses chaussures.
Mais elle change aussi de chaussures car pour s’acheter des lunettes, il faut se chausser pour marcher sur la chaussée.
Or chaussure sur chaussée égale semelle surchauffée, c’est chose sûre. Donc usure.
C’est un cercle vicieux.
D’ailleurs elle est vicieuse.
Fétichiste des chaussures qu’elle cire et des lunettes qu’elle chausse sans cesse.
Le plus souvent d’ailleurs chez elle, Catherine évolue, nue. Je ne dis pas qu’elle est velue, nue - enfin raisonnablement -, non, elle évolue, elle marche quoi, dans le plus simple appareil, seulement vêtue de lunettes et de chaussures.
Mais son vrai fétiche, sa véritable amulette, c’est sa paire de mulettes à talonnette qui lui permettent de mater son voisin par la fenêtre à la lorgnette. Oui, son voisin Luc, un astronome à femmes avec lequel elle rêve de monter au septième ciel.
Désir réciproque car de sa lucarne, Luc reluque (sa grosse longue-vue télescopique en main) la lune de Lara.
Luc est oculiste, et elle lui a tapé dans l’œil.
Passionné d’occultisme, cet oculiste est un personnage louche, aussi la police l ’a-t-elle à l’œil.
Ne fut-il pas l’opticien aux petits soins de Joe Dassin, de Dalida et de diverses gens, dont on sait la fin tragique.
Oui. Méfie-toi Catherine, ouvre les yeux…, et les bons. Le mauvais œil est sur toi.
Oublie cet oculiste qui t’acculera à la ruine, ou tu te retrouveras à sec. Acculée à sec.
Oui, ton compte chèque asséché par ce charlatan branché, par ce charmeur, ce charognard châtain - oui j'ai oublié de le dire tout à l'heure, il est châtain -,ou tu n’auras plus que les yeux pour chialer. Et sans lunettes.
Déchausse, Catherine, ou tu finiras au violon, à te faire du crin-crin blanc (je vois c’est déjà bien avancé).
Je sais, Philou, finir au violon pour Catherine c’est troquer deux vices contre un, mais il n’empêche (la sagesse populaire le stipule) : de même qu’un Chinois chipoteur chérit les chipolatas, de même, c’est très clair : un tien vaut mieux que deux tu Lara.

Antoine De Caunes
« Vous permettez que je vous appelle Raymond ? » 1990 chez Point Virgule

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